Carhartt ou Carhartt WIP : la différence, et laquelle acheter

Homme portant une veste en toile bordeaux Carhartt WIP à col en velours côtelé sur une chemise à carreaux
Photo Carhartt WIP

Première chose à savoir, parce que presque tout le monde se trompe : Carhartt et Carhartt WIP ne sont pas la même marque. Ce sont deux catalogues distincts, deux coupes distinctes et deux prix distincts, vendus sous un logo quasi identique.

Comprendre cette différence évite l’erreur classique du premier achat, celle qui consiste à commander en ligne la pièce vue sur quelqu’un d’autre et à recevoir une coupe qui n’a rien à voir.

Homme portant une veste en toile bordeaux Carhartt WIP à col en velours côtelé sur une chemise à carreaux
Col en velours côtelé, toile épaisse, coupe droite : les trois marqueurs qu’on retrouve d’une saison à l’autre depuis quarante ans. Photo Carhartt WIP.

Deux marques, une seule origine

Carhartt est fondée en 1889 par Hamilton Carhartt à Detroit, dans le Michigan. L’objet social est simple et ne bougera pas pendant un siècle : fabriquer des vêtements de travail robustes, à commencer par des cottes à bretelles destinées aux cheminots. La toile épaisse, les coutures renforcées et les rivets ne sont pas des arguments de style, ce sont des réponses à des contraintes de chantier.

Carhartt WIP, pour Work In Progress, naît beaucoup plus tard et ailleurs. En 1994, les créateurs suisses Edwin et Salomée Faeh obtiennent une licence pour développer leurs propres lignes sous le nom Carhartt Work In Progress, après avoir approché l’entreprise américaine en 1989, l’année de son centenaire, pour discuter d’une représentation européenne.

Ce point de détail a une conséquence pratique importante. WIP n’est pas une déclinaison européenne du catalogue américain : c’est une maison de création distincte, qui reprend les gabarits historiques et les retravaille pour un usage urbain. Les collections, les coupes et les matières sont décidées de ce côté-ci de l’Atlantique.

Carhartt, la maison mère américaine, reste par ailleurs une entreprise privée détenue par les descendants de son fondateur, ce qui explique une constance de catalogue assez rare dans l’habillement.

Ce qui change concrètement entre les deux

Les coupes

Les pièces américaines sont taillées pour travailler dedans : volume généreux, emmanchures larges, longueurs franches. Les pièces WIP sont retravaillées pour être portées en ville, avec des épaules mieux placées, des longueurs raccourcies et des variantes de largeur qui n’existent pas dans le catalogue d’origine.

D’où une règle simple à l’achat : ne transposez jamais une taille d’un catalogue à l’autre. Une même mention de taille ne donne pas le même vêtement, et l’écart peut atteindre une taille entière sur les vestes.

Les matières

Le catalogue historique repose sur des toiles très lourdes, notamment le canvas de coton ciré qui a fait la réputation de la marque. Rigide au début, il se casse à l’usage et finit par se mouler au porteur, ce qui explique l’attachement des gens à une pièce vieillie.

WIP utilise ces toiles mais aussi des matières plus légères et plus souples, sur des pièces conçues pour être portables tout de suite. Si vous cherchez précisément la patine, visez les toiles lourdes ; si vous voulez une pièce agréable dès le premier jour, visez les grammages moyens.

Homme en bonnet et veste sombre Carhartt WIP portés sur un sweat à capuche bordeaux
Bonnet, veste, sweat à capuche dessous : la superposition type du catalogue WIP, pensée pour la rue et non pour le chantier. Photo Carhartt WIP.

Les prix

Le catalogue américain est un catalogue d’équipement, vendu dans les circuits professionnels, et positionné en conséquence. WIP est un catalogue de mode, distribué en boutique spécialisée, avec le positionnement qui va avec. Sur une pièce d’aspect comparable, l’écart de prix est réel et il ne traduit pas un écart de solidité.

Les pièces qui valent le détour

La veste de travail à col en velours côtelé est la pièce signature, celle qu’on reconnaît de loin. Elle est excellente en mi-saison, mal isolée en hiver sans doublure, et il en existe des versions doublées qui changent complètement l’usage : vérifiez ce point avant de commander, c’est la source de déception la plus fréquente.

Le pantalon à poches multiples et le pantalon de peintre sont les deux autres piliers. Coupes droites et amples, toile épaisse, ils tiennent des années. Le second, en toile claire, se salit vite et se patine bien, ce qui est exactement l’intérêt. Pour l’associer sans tomber dans l’allure militaire, nos repères pour porter le cargo sans effet treillis s’appliquent directement.

Restent les pièces de maille, sweats et bonnets, qui sont devenues le produit d’appel de WIP. Elles sont correctes, pas exceptionnelles, et c’est le poste où l’on paie surtout le logo. Si votre budget est limité, mettez-le sur une veste ou un pantalon.

L’entretien, qui n’est pas anecdotique sur ces matières

Une toile de coton ciré ne se lave pas comme un sweat. Lavage à froid, à l’envers, sans adoucissant, essorage minimal et séchage à l’air libre. Le sèche-linge est le meilleur moyen de rétrécir une pièce d’une taille et de durcir la toile définitivement.

Sur les pièces déperlantes ou doublées d’une membrane, le traitement se réactive et se réapplique, et un mauvais lavage suffit à le supprimer. Le sujet mérite sa propre méthode, que nous avons détaillée dans notre guide pour laver une veste imperméable sans perdre son imperméabilité.

Enfin, ces vêtements se réparent. Un accroc dans une toile épaisse se recoud, une poche se remplace, un ourlet se reprend. C’est même la logique d’origine du produit, et cela change le calcul économique sur une pièce chère.

Homme en sweat-shirt marron Carhartt WIP et pantalon cargo à motif camouflage dans un couloir en bois
Les coupes WIP sont retravaillées pour la ville : épaules mieux placées et longueurs plus courtes que sur les pièces du catalogue américain. Photo Carhartt WIP.

Notre avis, limites comprises

Sur les vestes et les pantalons en toile lourde, le rapport durée de vie sur prix est difficile à battre, y compris au tarif WIP. Ce sont des pièces qu’on garde dix ans et qui s’améliorent, ce qui est rare.

Les limites sont ailleurs. Le logo est devenu très visible et très porté, ce qui n’est pas un défaut de fabrication mais peut peser dans le choix. Le sourcing et les engagements environnementaux restent peu détaillés publiquement, il faut le dire plutôt que de l’habiller. Et sur la maille d’entrée de gamme, l’écart avec des marques comme Universal Works ou Service Works ne justifie pas toujours la différence de prix.

Pour construire un vestiaire de travail détourné sans tout mettre sur une seule marque, la combinaison classique reste une veste en toile, un pantalon ample et une chaussure solide, du type Red Wing Shoes. C’est cohérent, réparable, et ça traverse les saisons.

Gros plan sur une casquette bleu marine et un tee-shirt noir portant le logo Carhartt WIP en jaune
Le logo, très visible et très porté. Sur les pièces d’entrée de gamme, c’est aussi la principale chose qu’on paie. Photo Carhartt WIP.

Ce qu’il faut retenir

  • Carhartt et Carhartt WIP sont deux catalogues distincts : ne transposez jamais une taille de l’un à l’autre.
  • Carhartt : 1889, Hamilton Carhartt, Detroit. WIP : 1994, sous licence, par les créateurs suisses Edwin et Salomée Faeh.
  • Toile lourde pour la patine, grammage moyen pour le confort immédiat.
  • Sur la veste à col côtelé, vérifiez si elle est doublée avant de commander.
  • Lavage à froid, jamais de sèche-linge sur une toile de coton.

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